Orange bleue et page blanche
par Michel Texier

La terre est bleue comme une orange. Ce poème de Paul Eluard, tiré de son recueil «L'amour de la poésie», se veut être une ode à l'amour qu'il portait à une femme. Pourtant, quelque temps plus tard, celle-ci le quittera pour vivre jusqu'à la fin de sa vie aux côtés d'un peintre surréaliste connu aujourd'hui dans le monde entier. Ce titre très particulier, qui correspond au premier vers du poème, compare les émotions et la vie du poète à une sphère parfaite, qui n'a ni commencement ni fin, symbole de l'éternité. La couleur bleue, elle, souligne l'aspect céleste de cet amour pour l'être chéri. L'écrivain, emporté par sa passion, croit donc toucher à l'infini et à la spiritualité.
La terre est bleue comme une orange. Cette image, pourtant, peut être interprétée d'une autre façon. Cet amour exprimé par le poète, nous le savons, va bientôt s'éteindre, comme vont s'éteindre la joie et l'espérance qui l'accompagnaient. Si une orange est… orange, elle garde cette couleur pour un temps seulement. Laissez-la trop longtemps à l'air libre et elle moisira. Sa couleur passera alors d'un orange vif à un bleu moisi, symbole de la corruption. Et il en est ainsi de l'existence humaine. Sans une communion avec notre Rédempteur, Jésus-Christ, notre existence est entachée de scories qui ne demandent qu'à se multiplier et à se propager. Ce qui peut paraître éclatant un jour se ternit à cause du péché qui règne dans ce monde, et parfois dans notre coeur. Ceci est d'ailleurs confirmé par l'issue qui attend chaque être humain sur cette terre, à savoir la mort, car la chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu et la corruption n'hérite pas l'incorruptibilité (1Corinthiens 15:50).
Une vie pure comme une page blanche. Les feuillets que nous écrivons durant notre existence terrestre sont parfois salis par des ratures, des taches et des surcharges. Il nous faut bien reconnaître que notre chemin sur la terre est parfois entaché par le péché — nos pensées détestables, nos mauvaises décisions, nos médiocres motivations. Mais si le Messie est venu, c'est pour effacer tout ce qui a été noirci par notre iniquité: C'est moi, moi (Dieu) qui efface tes transgressions pour l'amour de moi, et je ne me souviendrai plus de tes péchés (Esaïe 43:25). (L'Eternel) efface tes transgressions comme un nuage, et tes péchés comme une nuée… (Esaïe 44:22). Gloire à Dieu, il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ (Romains 8:1). Si (nos) péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine (Esaïe 1:18). En regardant une orange fraîchement cueillie, nous pouvons déjà dire, car c'est une question de temps, qu'elle est bleue. Mais nous, chrétiens, regardons la page noircie et entachée de notre existence et proclamons qu'elle est blanche. C'est déjà vrai pour le Seigneur, et ce n'est qu'une question de temps pour que ce soit réel pour les croyants: Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est (1Jean 3:2). Oui, nous croyons en cette vérité céleste: (Dieu) n'aperçoit point d'iniquité en Jacob, il ne voit point d'injustice en Israël… (Nombres 23:21). A l'opposé du poète, qui découvrira avec le temps l'incertitude de ses espérances, nous marchons avec confiance car, avec le Seigneur, mieux vaut la fin d'une chose que son commencement… (Ecclésiaste 7:8).