Marthe ! Marthe !
par Michel Texier

Luc 10:41: Le Seigneur lui répondit: Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses.

Cette célèbre scène des Evangiles nous dépeint un trait caractéristique de beaucoup de croyants qui consiste à être préoccupés par le service au point de ne plus être conscients du privilège que constitue la présence de Dieu au milieu d'eux. Il est vrai que la culture, le mode de vie et le système de pensée qui nous environne encouragent, aujourd'hui plus encore qu'hier, ce genre d'attitude frustrante pour le chrétien et pour son entourage.

Il est intéressant de noter, au verset 38 de ce même chapitre, que c'est Marthe elle-même qui reçut le Seigneur dans sa maison. Cette femme, comme beaucoup d'entre nous, était consciente du privilège que constitue la présence de Dieu chez soi. Nous ne pouvons donc pas dire qu'elle était séduite par le système de ce monde au point d'en oublier l'Eternel. Le problème était que son invitation à faire entrer Jésus-Christ dans sa demeure a engendré chez elle un zèle et un comportement bien éloigné de la sérénité et de la joie.

Ce zèle était sans intelligence car le Seigneur, toujours prêt à servir les autres, avait de la nourriture spirituelle en réserve pour Marthe et qu'elle n'en faisait aucun cas. En effet, le Fils de Dieu Lui-même voulait profiter de l'opportunité - opportunité qu'elle avait elle-même suscité en Le recevant - pour enseigner et partager Sa Parole (Luc 10:39b). Oui, le pain qui est descendu du ciel (Jean 6) était dans la demeure de l'une de Ses enfants pour offrir les richesses de la vie de résurrection.

Il ne s'agit pas ici de mépriser la valeur du service, mais de hiérarchiser les priorités afin que nous ne défaillions pas. En recevant le Sauveur dans notre vie, il nous a enfin été possible de recevoir avec Lui sagesse, justice, sanctification et rédemption (1 Corinthiens 1:30-31). Le recevoir, c'est donc recevoir aussi tout ce qu'Il veut nous enseigner et nous partager (Matthieu 4:4). Le recevoir, c'est entendre, encore et encore, les Paroles de la vie éternelle qui nous incitent ensuite à demeurer dans le repos de la foi et à vivre selon une attitude qui sied à des disciples (Jean 6:68, Esaïe 50:4). S'il est vrai que l'époque actuelle n'invite pas à la méditation, elle permet néanmoins de nombreuses opportunités pour entendre de Dieu: la liberté religieuse dont nous profitons et qui nous permet de nous rassembler pour louer Dieu, d'expérimenter la communion fraternelle et de recevoir des enseignements au sein de notre église locale; la capacité qui nous est offerte de savoir lire et de vérifier par nous-mêmes ce qu'enseignent les Ecritures; la possibilité d'avoir plus de temps libre qu'à l'époque du Nouveau Testament où le travail agricole était prépondérant et le statut d'esclave courant chez les premiers chrétiens… Toutes ces bénédictions que notre époque permet constituent un avantage, à condition que nous discernions les bienfaits spirituels qu'ils peuvent susciter.

Comme Marthe, combien de chrétiens sont aigris car ils pensent devoir tout donner, tout faire et tout dire, au point de ne jamais être en situation de recevoir d'en-haut. Peut-être prennent-ils le temps d'aller à l'église ou de participer à toute autre activité chrétienne, mais leurs pensées sont ailleurs. Ils n'ont même plus la capacité de se concentrer sur ce que la Parole propose comme solution à leur vie. Bien plus, ils en viennent à juger de la liberté et du repos que les autres expérimentent en Jésus-Christ. Tout cela contribue alors à développer une amertume à l'encontre du Divin Maître car Lui aussi semble ne rien faire !

En réalité, le Sauveur de nos âmes fait plus que nous ne pouvons l'imaginer: Il nous interpelle. Il répond à nos soucis et à nos inquiétudes en nous appelant avec insistance: Marthe, Marthe… Il nous interpelle sur la valeur des nombreuses choses qui nous inquiètent et nous poussent à nous agiter. Il nous interpelle afin que nous tournions nos regards vers l'essentiel: la bonne part, celle qui ne nous sera jamais ôtée.